Aujourd’hui, Mai 68 est un considéré comme un mouvement fondateur. Tous les médias, les politiques, les livres d’histoires en parlent avec bienveillance. Les commémorations récentes du cinquantenaire de cet événement mondial en sont l’illustration.
Mais c’était loin d’être le cas en 1968!!
En 1968, les journaux étaient extrêmement critiques et peu objectifs face aux manifestations, cherchant à dramatiser, à stigmatiser et à décrédibiliser le mouvement tout en essayant de « calmer le jeu ».

Exemples de « unes » de médias:

 

Exemples de gros titres ravageurs de France-Soir
« 16 heures d’émeutes à Paris, bilan 805 blessés » (8 mai), « désolation au quartier latin » (17 mai),
« Fin des combats à l’aube dans le camp retranché du quartier latin » (24 mai),
« rue Saint-Jacques après 8 heures de combats » et « violentes bagarres chez Peugeot » (12juin),

Extraits de journaux publiés en 1968: 
« Les événements de ces dernières semaines ont vu de véritables commandos organisés sur le mode « pro-chinois » manœuvrant comme à la parade, préparés et équipés pour la bagarre, souvent conduits par des meneurs étrangers… ». Le Parisien libéré, 7 mai 1968

Le 15 Mars 1968, dans un article publié par le Monde, intitulé « quand la France s’ennuie », Pierre Viansson-Ponté écrivait: « La jeunesse s’ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent (…). Ils ont l’impression qu’ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l’absurde à opposer à l’absurdité, les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d’Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l’homme. »
Il allait jusqu’à écrire, en rappelant que l’Europe était en paix depuis 30 ans: « Devrait-on regretter les guerres, les crises, les grèves? Seuls ceux qui ne rêvent que plaies et bosses, bouleversements et désordres, se plaignent de la paix, de la stabilité, du calme social. »

« Assez de ces enragés rouges, qu’attend-on pour expulser Cohn-Bendit, chef des commandos de vandales » – extrait de Minute (hebdomadaire d’extrême droite), le 2 mai 1968

« Etudiants, ces jeunes? Ils relèvent de la correctionnelle plutôt que de l’Université » (Le Figaro – 4 mai 1968)

« Le pouvoir a tout lieu de se réjouir du pourrissement de la situation. Mais comment qualifier ceux qui, par leurs agissements irresponsables, leurs violences, leurs injures, ont provoqué cette situation? » (L’Humanité – 4 mai 1968)

 

Le 13 mai, les ouvriers rejoignaient le mouvement en décrétant une grève générale. La première page du Parisien titre « Paralysie » (20 mai 1968), le Figaro titre « la France toute entière paralysée » (22 mai 1968).

Le 30 mai, la presse approuve les opérations d’évacuation:
« la police vide l’Odéon » (Paris-Presse, 15 juin)
« la Sorbonne désinfectée » (Le Parisien, 14 juin).

Pendant cette période, par réaction à cette presse qui a choisi son camp, est née une presse alternative, comme l’hebdomadaire Action (fondé par Jean Schalit) ou L’Enragé (fondé par Siné, Wolinski, Willem, Cabu, Reiser,…).
Ces médias alternatifs sont aujourd’hui les meilleurs témoignages du mouvement de mai 1968…




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